MEDITATION
Thomas n'était-t-il pas un homme ? Un des disciples, un homme de la foule pour ainsi dire ? Ses frères lui disaient : Nous avons vu le Seigneur. Et lui : Si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt dans son côté, je ne croirai pas. Les évangélistes t'apportent la nouvelle et tu ne crois pas? Le monde a cru et le disciple n'a pas cru ? On dit à leur sujet : Le son de leur voix s'est répandu dans la terre entière et jusqu'aux confins du monde leurs paroles (Ps 18,5). Leurs paroles se sont répandues, elles sont parvenues jusqu'aux confins du monde, le monde tout entier a cru, tous ensemble, les disciples portent la nouvelle à un seul et lui ne croit pas. Il n'était pas encore ce Jour qu'a fait le Seigneur. Les ténèbres étaient encore sur l'abîme; dans les profondeurs du cur humain, ténèbres. Qu'Il vienne, que vienne ce point du jour et qu'Il dise, avec patience, avec douceur, sans colère, en médecin qu'Il est : Viens. Viens, touche ceci et crois. Tu as déclaré : Si je ne touche pas, si je ne mets mon doigt, je ne croirai pas. Viens, touche, mets ton doigt et ne sois plus incrédule mais fidèle. Viens, mets ton doigt. Je connaissais tes blessures, j'ai gardé pour toi ma cicatrice. Mais en approchant sa main, il peut pleinement compléter sa foi. Quelle est en effet la plénitude de la foi ? De ne pas croire que le Christ est seulement homme, de ne pas croire non plus que le Christ est seulement Dieu, mais homme et Dieu. Telle est la plénitude de la foi, car la parole s'est faite chair et elle a habité parmi nous. Ainsi, le disciple auquel son Sauveur donnait à toucher les membres de son corps et ses cicatrices... mais dès qu'il a touché, il s'écrie : Mon Seigneur et mon Dieu. Il a touché l'homme, il a reconnu Dieu. Il a touché la chair, il s'est tourné vers la parole, car "la parole s'est faite chair et elle a habité parmi nous."
LE TEMPS PASCAL
Le temps pascal dure cinquante jours, sept fois sept jours, une semaine de semaines, avec un lendemain; et le chiffre sept est une image de la plénitude (que l'on pense au récit de la création au premier chapitre de la Genèse), l'unité qui s'ajoute à cette plénitude multipliée ouvre sur un au-delà ; c'est ainsi que le temps pascal, avec la joie prolongée du triomphe pascal, est devenu pour les pères de l'Eglise l'image de l'éternité et de l'achèvement du mystère du Christ. Pour Tertullien à la fin du second siècle, la cinquantaine pascale est le temps de la grande liesse durant lequel on célèbre la phase glorieuse du mystère de la Rédemption depuis la résurrection du Christ jusqu'à l'effusion de l'Esprit sur les disciples et sur toute l'Eglise née de la Passion du Christ. Selon saint Ambroise : "Nos ancêtres nous ont appris à célébrer les cinquante jours de la Pentecôte comme partie inhérente de la Pâque." Ce qu'un seul jour est trop court pour célébrer, l'Eglise y consacre cinquante jours qui sont extension de la joie pascale; le jeûne a été de tout temps banni de cette période, y compris par les plus austères des ascètes. Les cinquante jours sont comme un seul dimanche. Joie, action de grâces, célébration de la lumière et de la vie, tel est le temps pascal. Evidemment, l'octave de Pâques a un caractère plus prononcé d'allégresse et de méditation sur le fait de la résurrection du Christ et de la naissance du chrétien dans le baptême, qui est une participation la vie ressuscitée du Christ, moyennant une nouvel naissance, et un gage de la résurrection future. Mais toute la cinquantaine a plus ou moins ce caractère; on y chante, continuellement l'Alleluia. Les épilogues évangéliques des manifestations de Jésus après la résurrection sont privilégiés, mais aussi son dernier discours, selon saint Jean, les enseignements ultimes de Jésus sur le commandement de l'amour, l'union intime avec lui et son Père, la promesse d'un autre consolateur, l'Esprit de vérité, la grande prière sacerdotale pour l'unité. Au quarantième jour est célébrée l'Ascension du Christ au ciel, et les jours qui suivent sont une longue prière pour la venue de l'Esprit, en union avec les disciples et Notre Dame au cénacle.