MEDITATION
Qui montera sur la montagne du Seigneur ? (Ps 23,3). Pour se hisser au sommet de cette montagne, à la perfection de la foi, celui qui s'y efforce saura bien à quel point l'ascension en est raide, à quel point, sans l'aide du Verbe, son effort est vain. Heureuse l'âme dont les anges ont pu dire, en la regardant, dans la joie et l'émerveillement : Quel est celle qui monte du désert, remplie de bonheur, appuyée sur son Bien-aimé ? (Ct 8,5). Sans cet appui, c'est bien en vain qu'elle ferait des efforts; mais, s'appuyant sur lui, elle s'affermit, devenue plus forte qu'elle-même, elle pourra soumettre toute chose à la raison : colère, crainte, convoitise, joie...
Quoi d'impossible à qui s'appuie sur celui qui peut tout ? Et quelle confiance s'exprime dans cette parole de l'apôtre : Je peux tout en celui qui me fortifie (Ph 4,13). Rien ne proclame davantage et plus clairement la toute-puissance du Verbe que sa capacité de rendre tout-puissants ceux qui espèrent en lui. Tout est possible à celui qui croit. Et n'est-il pas tout-puissant, celui à qui tout devient possible ? Ainsi l'âme, si elle reçoit sa force du Verbe, pourra se rendre maîtresse d'elle-même et échapper à la domination de toute injustice.
Oui, je le répète, aucune force, aucune ruse, aucune séduction ne pourra plus abattre ni priver de sa maîtrise de soi celui qui a pris appui sur le Verbe, qui a été revêtu de la puissance d'en haut. Qui se tient debout, s'il ne veut tomber, doit ne pas se fier à lui-même, mais asseoir toute sa foi sur le verbe. C'est le Christ qui dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire (Jn 15,5). Ainsi, sans le Verbe, nous ne pouvons ni nous dresser vers le bien ni tenir ferme en lui. Toi donc qui te tiens debout, donne gloire au Verbe et dis : Il a dressé mes pieds sur le roc, Il a dirigé mes pas ! (Ps 39,3). Si sa main t’a mis debout, il faut aussi que sa puissance te maintienne.
Saint Bernard
LE TEMPS ORDINAIRE
Du mot "feria", singulier de "feriae" qui désigne en latin les célébrations, les jours de fête, le repos, l'Eglise a fait "férie" pour désigner les jours de la semaine, car pour tout chrétien, chaque jour est une fête; de même, le temps ordinaire est, pour lui, quelque chose d'extraordinaire, car sa vie est transformée; elle est cachée avec le Christ. Dom Germain Cozien, abbé de Solesmes, parlait volontiers de son amour pour l'ordinaire parce que c'est la trame d'une vie extraordinairement riche; dans le mot ordinaire, il y a lidée d'ordre, c'est-à-dire de parfait ajustement au dessein de Dieu, de mise en place de tout l'ensemble de notre service conformément à son plan divin qui est tout damour. Il en résulte la paix qui est, selon saint Thomas, "tranquillité de l'ordre", c'est-à-dire la stabilité dans la juste ordonnance de toute chose.
Le Seigneur est proche. N'entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l'oraison, à la prière, pénétrés d’actions de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. C'est le programme de vie chrétienne que saint Paul traçait pour les Philippiens (Ph 4,6-7); et il continuait ainsi : Enfin, frères, tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de pur, d'aimable, d'honorable, tout ce qu'il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaine, voici ce qui doit vous préoccuper. Ce passage définit bien ce qu’est le temps ordinaire. Après la célébration des grands mystères du Christ, vient le temps de l’Eglise, le temps de mettre en pratique tous ses enseignements et de méditer sa parole. C'est pourquoi les Evangiles du temps ordinaire reprennent tour à tour chacun des Synoptiques pour méditer, à la lumière de chacun des évangélistes et dans sa perspective propre, la vie du Christ et son message.
Le temps ordinaire est une période d'attente et d'espérance, d'où le choix de la couleur liturgique. Entre les dimanches, viennent se placer de grandes fêtes, méditation sur le mystère de la Trinité, celui de l’Eucharistie, celui de l'amour du cœur de Jésus; puis les grandes fêtes du sanctoral : saint Jean Baptiste, saints Pierre et Paul, saint Michel, et surtout Notre-Dame dans ses grandes solennités. Ce temps liturgique débouche sur la célébration de l'Eglise triomphante dans la fête de la Toussaint, de l'Eglise militante dans la fête de la dédicace, et on prie pour l'Eglise souffrante (les morts au purgatoire) ; puis l'on célèbre le Christ en tant que Roi.